Quartlivre

7 mai 2012

Relecture

Publié par quartlivre dans

Le plaisir de la relecture.

La Peste d’Albert Camus (1947)

http://www.dinosoria.com/tragedie/peste_001.jpg

"Allégorie de la Peste" - Anonyme du XVème siècle

En ces temps tourmentés, où l’on voit ressurgir sur la place publique des messages décomplexés qui prônent la haine de l’autre, il fait bon relire Albert Camus. La Peste, entre autres.

En 19.. la peste s’abat sur la ville d’Oran (ville natale d’Albert Camus). Lentement la ville sombre dans l’atrocité. Cortège de morts.

Face au mal inexplicable, des hommes. Simplement des hommes.

Bernard Rieux, le personnage principal (parler de héros serait hors de propos) est le narrateur de cette chronique.  Médecin, il ne peut rien faire contre ce fléau si ce n’est tenter d’apaiser les souffrances des pestiférés. Profondément humain, il accompagne sans relâche l’humanité misérable.

Il y a Rambert, journaliste français venu en reportage à Oran, qui refuse d’être emprisonné dans cette ville qu’il ne connaît pas. Il tente par tous les moyens de fuir la ville pour retourner en France auprès de celle qu’il aime. Sa cause est légitime. Le personnage est touchant.

Cottard. Personnage énigmatique qui trouvera dans la peste l’occasion de donner un sens à sa vie. Il profite de l’épidémie pour s’enrichir en vendant des articles de contre-bande.

Une fresque de personnages qui n’est pas sans évoquer les multiples comportements des français face à la peste nazie en 1940 : Cottard profite de la situation, Rambert veut fuir, Rieux résiste…

Dans l’épilogue de son roman, Camus avertit le lecteur. La peste dont la ville d’Oran se croit définitivement libérée, n’est pas complètement vaincue. Elle s’est simplement « endormie », mais elle resurgira, un jour et il faudra se battre, lutter, encore.

Du port obscur montèrent les premières fusées des réjouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard, Tarrou, ceux et celle que Rieux avait aimés et perdus, tous, morts ou coupables, étaient oubliés. Le vieux avait raison, les hommes étaient toujours les mêmes. Mais c’était leur force et leur innocence et c’est ici que, par-dessus toute douleur, Rieux sentait qu’il les rejoignait. Au milieu des cris qui redoublaient de force et de durée, qui se répercutaient longuement jusqu’au pied de la terrasse, à mesure que les gerbes multicolores s’élevaient plus nombreuses dans le ciel, le docteur Rieux décida alors de rédiger le récit qui s’achève ici, pour ne pas être de ceux qui se taisent, pour témoigner en faveur de ces pestiférés, pour laisser du moins un souvenir de l’injustice et de la violence qui leur avaient été faites, et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

Mais il savait cependant que cette chronique ne pouvait pas être celle de la victoire définitive. Elle ne pouvait être que le témoignage de ce qu’il avait fallu accomplir et que, sans doute, devraient accomplir encore, contre la terreur et son arme inlassable, malgré leurs déchirements personnels, tous les hommes qui, ne pouvant être des saints et refusant d’admettre les fléaux, s’efforcent cependant d’être des médecins.

Ecoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse.

 

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