Quartlivre

21 mai 2012

Panthéon

Publié par quartlivre dans

Le premier homme TRANSATLANTIQUE

 

 

Bartolomé de Las Casas (1474-1566)

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> Découvrir les Amériques…

J’ai rencontré Bartolomé de Las Casas il y a maintenant une bonne dizaine d’années, dans des manuels de littérature. J’achevais à l’époque une coopération équatorienne, j’avais encore l’âme latina  et je dévorais avec avidité tout ce qui, de près ou de loin, touchait à l’Amérique Latine. J’ai découvert en Bartolomé de Las Casas le pionnier du dialogue inter-culturel. Jusqu’alors, mon esprit s’était nourri des récits des conquistadors : Cristobal Colon, Hernan Cortés, Francisco Pizarro… l’Europe assommait le nouveau monde, c’était un sujet d’orgueil! J’ai rêvé bien des fois que j’embarquais à bord de la Pinta, de la Santa Maria… et vogue la galère. Bartolomé de Las Casas détruit le mythe, brise le récit mais apporte, de façon moins présomptueuse, la réflexion sur l’Homme. Pour la première fois, la conquête a des yeux Indigènes.

En 1502 Bartolomé de Las Casas -originaire de Séville- part pour Hispaniola (aujourd’hui Saint Domingue ou Haiti) avec l’expédition dirigée par Nicolás de Ovando. Sur l’île, il obtient une « encomienda », c’est-à-dire des terres indigènes ainsi que les habitants qui y sont rattachés.

En 1512 il se tourne vers la religion et devient le premier prêtre (dominicain) ordonné sur le  Nouveau Monde. Il est alors nommé aumônier des conquistadores. Il part pour Cuba…

 > Le Massacre de Caonao

Il découvre les massacres. Notamment celui de Caonao :

 » J’ai vu les Espagnols prendre la graisse d’Indiens vivants pour panser leurs propres blessures ! Vivants ! Je l’ai vu ! J’ai vu nos soldats leur couper le nez, les oreilles, la langue, les mains, les seins des femmes et les verges des hommes, oui, les tailler comme on taille un arbre ! Pour s’amuser ! Pour se distraire ! J’ai vu, à Cuba, dans un lieu qui s’appelle Caonao, une troupe d’Espagnols, dirigés par le capitaine NarvaeA6071z, faire halte dans le lit d’un torrent desséché. Là ils aiguisèrent leurs épées sur des pierres, puis ils s’avancèrent jusqu’à un village et se dirent : Tiens, et si on essayait le tranchant de nos armes ? Un premier Espagnol tira son épée, les autres en firent autant, et ils se mirent à éventrer, à l’aveuglette, les villageois qui étaient assis bien tranquilles ! Tous massacrés ! Le sang ruisselait de partout ! J’étais leur aumônier, je courais comme un fou de tous côtés ! C’était un spectacle d’horreur et d’épouvante ! Et je l’ai vu ! Et Narvaez restait là, ne faisant rien, le visage froid. Comme s’il voyait couper des épis. Une autre fois j’ai vu un soldat, en riant, planter sa dague dans le flanc d’un enfant, et cet enfant allait de-ci de-là en tenant à deux mains ses entrailles qui s’échappaient ! » (In La Controverse de Valladolid de J.-C. Carrière)

> La révolte

 En 1516, il rédige un plan de réformes intitulé le « Mémoire des quatorze remèdes » où il prône :

  • la fin des encomiendas,
  • la réglementation du travail,
  • la fin des travaux forcés,
  • l’envoi de fermiers espagnols avec leurs familles pour exploiter en commun des terres avec les Indigènes,
  • la destitution des administrateurs en place,
  • de combiner évangélisation et colonisation,
  • de prendre des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes (prise de conscience tardive de son erreur, 9 000 Noirs amenés en dix ans).

L’idée de Las Casas est une colonisation pacifique des terres américaines par des paysans et des missionnaires. C’est dans ce but qu’en 1520 Charles Quint lui concède le territoire vénézuélien de Cumana pour mettre en pratique ses théories. La nouvelle formule est expérimentée avec peu de succès : pendant une absence de Las Casas, les indiens en profitent pour massacrer bon nombre de colons. Le désastre de l’expérience va motiver une retraite qui va durer 16 ans.

Retour en Espagne en mars 1540.

> « Brevísima relación de la destrucción de las Indias »

Commence alors la rédaction de son ouvrage : La très brève relation de la destruction des Indes. Il y explique que les indiens sont bons, gentils, ouverts. Il retranscrit des témoignages, par régions conquises, avec l’Hispañola, Cuba, la Terre Ferme, la Nouvelle-Espagne… Il y présente les cruautés dont sont victimes les indigènes et les structures qui les exploitent.

> 1550 – La controverse de Valladolid

La controverse de Valladolid. Selon le souhait de Charles Quint  il « se traite et parle de la manière dont devaient se faire les conquêtes dans le Nouveau Monde, suspendues par lui, pour qu’elles se fassent avec justice et en sécurité de conscience. »

C’est un débat qui a lieu au collège San Grégorio de Valladolid et qui oppose -deux mois durant- Las Casas au théologien Juan Ginés de Sepúlveda : la question est de savoir si les Espagnols peuvent coloniser le nouveau monde et dominer les indigènes ou si les sociétés amérindiennes sont légitimes. Les deux partis se déclarent vainqueurs.

A lire -La Controverse de Valladolid, roman de Jean-Claude Carrière

A voirLa Controverse de Valladolid, téléfilm réalisé en 1992 par Jean-Daniel Verhaeghe, Las Casas : Jean-Pierre Marielle, Sepúlveda : Jean-Louis Trintignant et le légat du pape : Jean Carmet.

http://www.youtube.com/watch?v=LlzHQISjeOs

Las Casas meurt à Madrid , en 1566 (à 82 ou 92 ans).

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