Quartlivre

3 mai 2012

La scène

Publié par quartlivre dans

Incendies

« Le sang des promesses /2″ de Wajdi Mouawad – Actes Sud (2003)

La scène incendies

Voilà une pièce de théâtre qui se lit comme un roman.

C’est de cette expérience de lecture dont je voudrais parler ce soir, ce matin, ce midi (qui sait?).

C’est vrai, la lecture des pièces de théâtre est en règle générale assez ennuyeuse. Un texte truffé de didascalies -Beckett, Ionesco… renvoie à une mise en scène qu’il faut sans cesse tenter de visualiser. Et lorsque je visualise, j’oublie le texte; si je lis le texte, alors je ne visualise plus. Il faut le dire, l’articulation entre ces deux composantes (textuelle et scénique) est particulièrement complexe voire impossible.

Un texte sans didascalie laisse le lecteur démuni sur un plateau vide qu’il tente de combler avec plus ou moins de talents. Nous ne sommes pas tous de bons metteurs en scène.

Je ne suis pas loin de penser qu’un texte de théâtre ne devrait pas se lire. Il devrait tout au moins se dire. Voire dans le meilleur des cas se jouer.

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès est la première pièce de théâtre dont la lecture fut pour moi un réel plaisir. La pièce se lit comme un roman policier. L’intrigue est captivante. Lecture faite, je ne savais plus très bien, si je venais de lire un roman ou une pièce de théâtre. Une réelle confusion intellectuelle opérait dans mon souvenir. La lecture de la pièce avait suscité en moi de telles images, des images d’une telle puissance que je doutais d’avoir lu du théâtre.

J’ai vécu la même expérience troublante avec Incendies de Wajdi Mouawad. C’est un récit magnifique, une histoire troublante que celle de ces jumeaux Jeanne et Simon qui partent à la recherche du passé de leur mère. Le lecteur est embarqué lui aussi dans cette quête des origines : « Simon. C’est Jeanne. Je suis à l’aéroport. Simon, je t’appelle pour te dire que je pars vers le pays. Je vais essayer de retrouver ce père, et si je le trouve, s’il est encore en vie, je vais lui remettre l’enveloppe. Ce n’est pas pour elle, c’est pour moi. C’est pour toi. Pour la suite. Mais pour ça, c’est d’abord elle, c’est maman qu’il faut retrouver, dans sa vie d’avant, dans celle que toutes ces années elle nous a cachée. »

Curieusement, je ne suis pas pressé de voir la pièce sur scène. Je redoute même. J’ai peur d’être déçu tant  j’ai apprécié (une fois n’est pas coutume) MA propre mise en scène intérieure.

J’ai lu ce livre, il y a  3 mois maintenant, mais j’ai encore au cœur l’émotion intacte. Rien n’est venu l’éroder. J’entends toujours, avec autant de présence, la femme qui chante sous la torture.

 

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