Quartlivre

9 mai 2012

Voyage en la terre du Brésil

Publié par quartlivre dans Anthropologie

Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil par Jean de Léry (1556-1558)

PROPOS : Voici l’occasion de feuilleter un récit de voyage un peu oublié. C’est aussi et surtout une façon de nous rappeler combien la question de l’autre était primordiale au XVIème siècle. Ce qui est surprenant chez J. de Léry, c’est la facilité avec laquelle, au contact des Toüoupinambaoults, il remet en cause son modèle culturel européen.

« Ce furent les premiers sauvages que je vis de pres, vous laissant à penser si je les regarday et contemplay attentivement.

 BIO : Vous allez être déçu, mais Jean de Léry n’est pas un explorateur. C’est un cordonnier bourguignon. Protestant. En 1536, il décide de partir rejoindre la petite colonie protestante fondée par le français Villegagnon sur l’île de Serigipe dans ce qui deviendra la baie de Rio (Brésil).

 

Chapitre VIII – « Du naturel, force, stature, nudité, disposition et ornements du corps, tant des hommes que des femmes sauvages brésiliens »

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En premier lieu donc (afin de commencer par le principal et de poursuivre avec ordre) les sauvages de l’Amérique, habitant la terre du Brésil, nommés Toüoupinambaoults, avec lesquels j’ai demeuré environ un an et que j’ai fréquentés familièrement, n’étant point plus grands, plus gros, ou plus petits de stature que nous sommes en Europe, n’ont le corps ni monstrueux ni prodigieux par rapport nôtre. Mais ils sont plus forts, plus robustes et replets, plus dispos, moins sujets aux maladies.

 

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Avant de clore ce chapitre, ce sujet appelle une réponse, tant à ceux qui ont écrit qu’à ceux qui pensent que la fréquentation de ces sauvages tous nus, et surtout des femmes, incite à la lubricité et à la paillardise. [...] Cependant, pour en parler selon ce qu’on a généralement vu alors, cette nudité si grossière chez cette femme est beaucoup moins attrayante qu’on ne le penserait. Et, par conséquent, je soutiens que les toilettes, les fards, les fausses perruques, les cheveux tressés, les cols fraisés, les jupons, les robes sur robes, et autres infinies bagatelles avec lesquelles les femmes et les filles de chez nous se déguisent sont sans comparaison, cause de plus de maux que n’est la nudité habituelle des femmes sauvages qui cependant ne sont pas moins belles que les autres.

Et plût à Dieu, pour mettre fin à ce sujet, que chacun de nous s’habillât modestement, plus selon les convenances et la nécessité que pour la gloire et les mondanités.

Chapitre XII – « De leur manière de pêcher »

  dans Anthropologie

Les petits enfants dès qu’ils commencent à marcher, se mettant dans les rivières et sur le bord de la mer, grenouillent déjà dedans comme de petits canards.

 A titre d’exemple je raconterai brièvement qu’ainsi un dimanche matin, en nous promenant sur une plate-forme de notre fort, nous vîmes se renverser en mer une barque d’écorce dans laquelle il y avait plus de trente personnes sauvages, des grands et des petits qui venaient nous voir. Comme, en grande diligence, nous pensions les secourir avec un bateau, nous fûmes aussitôt vers eux ; les ayant tous trouvés nageant et riant dans l’eau, il y en eut un qui nous dit : « Et où allez-vous ainsi, si hâtivement, vous autres Mairs (ainsi appellent-ils les Français)? – Nous venons, dîmes-nous, pour vous sauver et retirer de l’eau. – Vraiment, dit-il, nous nous en savons gré ; mais du reste, croyez-vous que pour être tombés dans la mer, nous soyons pour cela en danger de nous noyer? Alors les autres, qui tous nageaient vraiment aussi aisément que des poissons, étant avertis par leur compagnon de la cause de notre venue si soudaine vers eux, en se moquant, se prirent si fort à rire, que comme une troupe de Marsouins nous les voyions et entendions souffler et ronfler dans l’eau. »

 

Chapitre XIII – « Des arbres, herbes, racines et fruits exquis que produit la terre du Brésil »

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« Vraiment, dit alors mon vieillard (lequel comme vous le jugerez n’était nullement lourdaud) à cette heure je sais que vous autres Français, vous êtes de grands fous : car vous faut-il tant peiner à passer la mer, sur laquelle (comme vous le dites en arrivant ici) vous endurez tant de maux, pour entasser des richesses pour vos enfants ceux qui vous survivent! La terre qui vous a nourris n’est-elle pas suffisante pour les nourrir ? Nous avons, ajouta-t-il, des parents et des enfants que nous aimons et chérissons comme tu le vois ; mais nous sommes sûrs qu’après notre mort, la terre qui nous a nourris, les nourrira, nous ne nous en soucions donc pas davantage et nous nous reposons sur cela ».

Voila sommairement le véridique discours que j’ai entendu de la propre bouche d’un pauvre sauvage américain.

 

Chapitre XIV : « De la guerre, combats, hardiesse et armes des sauvages »

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 Ces barbares ne se font pas la guerre pour conquérir les pays et terres les uns des autres, car chacun en a plus qu’il ne lui en faut, encore moins les vainqueurs prétendent-ils s’enrichir des dépouilles, rançons et armes des vaincus ; ce n’est pas dis-je tout cela qui les mène. Car, comme eux-mêmes le confessent, n’étant poussé d’autre  passion que de venger chacun de son côté, ses parents et amis, qui par le passé ont été pris et mangés, de la façon que je dirai au chapitre suivant, ils sont tellement acharnés les uns à l’encontre des autres, que quiconque tombe en la main de son ennemi, doit sans autre disposition s’attendre à être traité de même, c’est-à-dire assommé et mangé.

Chapitre XV – « Comment les Américains traitent leurs prisonniers pris en guerre, et les cérémonies qu’ils observent tant à les tuer qu’à les manger. »

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Par conséquent qu’on n’abhorre plus tant désormais la cruauté des sauvages anthropophages, c’est-à-dire mangeurs d’hommes, car puisqu’il y en a de semblables, voire de plus détestables et pires au milieu de nous, qu’eux qui, comme il a été vu, ne se jettent que sur les nations qui leur sont ennemies et qui se sont plongées dans le sang de leurs parents, voisins et compatriotes, il ne faut pas aller si loin qu’en leurs pays ni qu’en l’Amérique pour voir des choses aussi monstrueuses ni aussi prodigieuses.

 

Chapitre XVII – « Du traitement de leurs petits enfants »

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 » Quoiqu’on estime communément chez nous, que si les enfants, en leur tendre et première jeunesse, n’étaient pas bien serrés et emmaillotés ils seraient contrefaits, et auraient les jambes courbées, je dis que bien que cette coutume ne soit nullement observée à l’endroit des Américains (qui comme j’en ai déjà touché mot, dès leur naissance sont tenus et couchés sans être enveloppés) que néanmoins il n’est pas possible de voir des enfants marcher ni aller plus droit qu’ils font. »

 

Chapitre XVIII – « Comment les sauvages traitent et reçoivent humainement leurs amis qui les vont visiter »

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 Quant à l’organisation civile de nos sauvages, c’est une chose presque incroyable, et qui ne peut se dire sans faire honte à ceux qui ont les lois divines et humaines, comme, conduits seulement par leur naturel, quelque dégradé qu’il soit, ils sont unis et vivent si bien en paix les uns avec les autres. J’entends toutefois chaque nation avec elle-même, ou celles qui sont alliées ensemble ; car pour ce qui est des ennemis, il a été vu en son lieu de quelle manière étrange ils sont traités.

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